Bullshit job (I)

Rédigé par Alarc'h - - Aucun commentaire

La parution du livre de David Graeber « Bullshit jobs » (traduction française aux Liens qui libèrent) m'a rappelé une constatation que j'avais faite il y a une dizaine d'années, sans pousser jusqu'au bout ma réflexion.

Ma vieille mère habite encore dans une commune de la banlieue ouest, assez proche de Paris. En allant à pied jusqu'à la gare j'étais passé devant un bâtiment appartenant à je ne sais quelle grosse entreprise du CAC 40, je ne sais plus si c'était Avivia, Veolia ou autre machin de ce genre.

Il s'agissait d'un immeuble bien moche, rien que de normal dans ce quartier, composé d'une façade totalement vitrée sur plusieurs étages, avec des alvéoles, enfin des bureaux, correspondant chacun à une vitre, tous semblables vus de l'extérieur, où des gens, des personnes, des humains quoi, étaient assis devant un bureau avec un écran d'ordinateur devant les yeux. Chaque alvéole était lamentablement « personnalisée » avec une pauvre plante verte ou un truc de ce genre. Mais cela ne suffisait pas à casser cette impression de ruche.

Et je me suis posé la question de savoir ce que pouvaient bien faire de si important tout ces gens qui cliquaient devant un écran. Étant donnée la longueur du bâtiment, le nombre d'étages et la taille des bureaux, ainsi exposés en vitrine comme les putains d'Amsterdam pardon on dit maintenant les travailleuses du sexe il y avait certainement plus de cent personnes.

Et je pensais à ce que m'avait dit une connaissance, institutrice, qui avait travaillé en région parisienne et maintenant avait enfin eu sa mutation dans notre petite province arriérée.

Dans son ancien poste, la plupart des enfants ne savaient pas nommer la profession de leurs parents. Ils auraient pu, comme la Zézette du Père Noël est une ordure, dire burelier, ben oui ceux qui travaillent dans des bureaux.

Chez nous on peut encore souvent dire, mon père est boucher, mon père est agriculteur, mon père est usineur, mon père est ceci ou cela, des noms de métier quoi. Il est vrai que pour les mères c'est parfois moins clair, en tout cas moins varié, chômeuse, mère au foyer ou ouvrière.

Dans son ancien poste, les « emplois » n'étant plus des métiers, une grande majorité de parents devaient être des abeilles d'alvéole comme ce que j'avais vu dans cet immeuble. Mais des abeilles dont on ne comprend plus très bien ce qu'elles peuvent apporter à la ruche, et qui possiblement n'en ont pas eux-même la moindre idée.

Et c'est exactement ce que pointe Monsieur Graeber, des emplois salariés dont on ignore à quoi ils servent, mais qui justifient qu'on donne à ceux qui les occupent un peu d'argent afin qu'ils aillent le dépenser pour faire tourner la machine.

Maintenant que j'ai bien décrit la paille dans l'oeil de mes contemporains, je vais dans le prochain numéro, essayer de trouver la poutre dans le mien.

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